Ame soeur, es-tu lĂ ?
La vision traditionnelle du couple me semble être un pari très gonflé :

J’aime les paris gonflés :-) Celui-là est d’ailleurs très attirant ! Il suffit de trouver la bonne personne (l’âme sœur) pour vivre des moments merveilleux dans tous les domaines, être rassuré par rapport aux problèmes de la vie, etc. Le pied, non ?
Oui, sauf que j’ai l’impression que ce pari est rarement réussi !
- Soit l’âme sœur n’est pas trouvée, et c’est très souvent la recherche désespérée, accompagnée d’un fort sentiment de solitude : « je me sens seul, j’hésite à me rapprocher de telle personne qui m’attire physiquement, mais avec qui je ne me vois pas avoir d’enfant, ou de telle personne avec qui j’aimerais partager mon identité sociale mais qui ne m’attire pas physiquement, etc. »
- Soit l’âme sœur est trouvée, mais c’est très souvent au prix d’un renoncement à s’épanouir dans un ou plusieurs des 8 domaines ci-dessus, ainsi que d’une exacerbation des tensions liée à la forte interdépendance (imbrication). Bien entendu, le fait que les 4 domaines du haut soient exclusifs n’arrange rien.
Des alternatives existent. Elles ne sont pas forcément meilleures, elles sont aussi des paris gonflés – surtout que dans notre société, elles amènent à se marginaliser – mais de toute façon, il est toujours intéressant d’en avoir conscience et d’y réfléchir !
A l’extrême inverse du modèle traditionnel que je viens d’esquisser, on peut envisager de partager chacun des 8 domaines avec plusieurs personnes – un groupe différent de personnes pour chacun des domaines ! Les avantages sont réels. Moins d’interdépendance, et donc des exigences qui se placent dans les moments partagés et non dans la personne en elle-même. Plus de personnes en interactions, donc plus d’ouverture, d’intensité, de renouvellements, etc. Les inconvénients sont sans aucun doute très réels eux aussi ! Insécurités, déstructurations, jalousies, temps et/ou argent qui manquent, etc.
Par exemple, je pourrais habiter avec certaines personnes, mais avoir des enfants avec plusieurs autres personnes (pourquoi pas des personnes avec qui il n’y aurait pas une grande attirance corporelle ? On se serait choisi sur d’autres critères !). Bien sur, ça remet fortement en question la cellule familiale, avec par exemple ce qui me semble être un grand avantage pour les enfants : ils auraient plus d’adultes auxquels se référer (je ne rentre pas ici dans les détails). Je pourrais aussi partager de la sensualité et de la tendresse avec des ami(e)s sans relation sexuelle. Je pourrais ne partager que des moments sexuels avec certaines personnes ! etc.
Toutes les combinaisons sont possibles ! Et rien n’interdit de partager plusieurs domaines avec la même personne, ou de ne partager un domaine qu’avec une seule personne ! Mais avoir conscience de mes choix m’a aidé. Peut-être cela vous aidera-t-il ? Quelles combinaisons formez-vous en ce moment ?
10 août 2006 at 12:26 pm
C’est une thĂ©orie qui doit surement pouvoir s’appliquer, si tu trouves d’autres gens prĂŞts Ă rentrer dans un tel système (pas Ă©vident de nos jour :-d)… En fait c’est un peu l’assouplissement des couples, non ?
11 août 2006 at 5:42 pm
Le danger de cette explosion du couple classique, c’est qu’on ne peut objetiser les personnes en ne les cantonnant qu’Ă une “fonction” donnĂ©e; de plus, les dĂ©sirs de chacun Ă©voluent au cours du temps, ce qui pourrait aller Ă l’encontre de ta vision sur le long terme.
Tiens, d’ailleurs, en parlant de long terme, j’ai quelques rĂ©serves sur les enfants. A mon sens, les configurations ne sont pas si nombreuses Ă pouvoir ĂŞtre acceptables: par exemple, un couple gay et un couple lesbien qui s’arrangent pour avoir des enfants et fondent un foyer Ă 4, ça ne me choquerait pas, mais un père avec 10 mères, qui ont chacunes des enfants, de plusieurs partenaires, changeants dans le temps, ça commence un peu Ă devenir le capharnaum pour le dĂ©veloppement psychologique des enfants, non?!?
Tu sais que je vais me marier prochainement, alors mon avis sur la conception du couple est foncièrement diffĂ©rente de ce que tu dis ici. Pour moi, croire qu’on peut rĂ©duire une personne Ă une fonction, c’est ne pas la respecter dans son intĂ©gritĂ©, mĂŞme si elle-mĂŞme accepte de vivre cela.
L’âme soeur existe, Guilain, elle est peut-ĂŞtre toute proche de toi. Une femme, ou peut-ĂŞtre un homme, qui sait? ;-) Dans tous les cas, quelqu’un qui est capable de t’accepter et de t’aimer tel que tu es, sans calcul ni rĂ©serve. Quelqu’un qui saura t’apporter une sĂ©curitĂ©, une sexualitĂ©, la tendresse, peut-ĂŞtre des enfants si tu as de la chance.
Alors, bien sĂ»r, des difficultĂ©s peuvent apparaĂ®tre au fil des annĂ©es, et dans ce cas, il n’y a que 2 possibilitĂ©s: soit tu t’es loupĂ© et ce n’Ă©tait pas ton âme soeur, soit la communication du couple est mauvaise et les personnes ont Ă©voluĂ© dans des directions diffĂ©rentes avec le temps.
C’est tout le secret! La question “Ame soeur, es-tu lĂ ”, il faut la reposer, mĂŞme après le mariage, savoir se remettre en question, son couple, mais aussi soi-mĂŞme. Pas de formules magiques cependant… C’est un pari fou, que l’engagement Ă deux. Avec Ă la clĂ© beaucoup de bonheur!
12 août 2006 at 10:27 pm
J’ai pas envie d’ĂŞtre trop long ;-) Je vais me concentrer sur le problème de l’objectisation des personnes : “croire qu’on peut rĂ©duire une personne Ă une fonction, c’est ne pas la respecter dans son intĂ©gritĂ©, mĂŞme si elle-mĂŞme accepte de vivre cela”.
Je ne compte pas la rĂ©duire Ă une fonction ! Je compte partager des moments avec elle (ou autre chose)… Et si, par exemple, je ne souhaitais partager que le sexe avec elle, je pourrais très bien la prendre en considĂ©ration en tant que personne, ĂŞtre attentif Ă elle, respecter ses limites et les miennes, ne pas tricher avec ce que je ressens, etc. Donc ça ne me parait pas ĂŞtre une question de respect.
Par contre, tout en m’assurant de ce respect, je pourrais en mĂŞme temps voir l’autre comme Ă©tant aussi un objet sexuel et surtout de m’accepter moi-mĂŞme comme objet sexuel ! Ca demande d’aimer le sexe pour le sexe et non pas d’avoir du sexe parce qu’on aime l’amour (romantisme, transcendance, etc.). Bref, ce serait quelque chose de diffĂ©rent ! A mon avis, c’est intĂ©ressant, mais Ă vrai dire, j’ai jamais eu l’occasion d’ĂŞtre totalement dans ce trip !
13 août 2006 at 10:21 am
Je me sens rarement dans une fonction. MĂŞme si je passe l’aspirateur, si je me brosse les dents, si je suis Ă mon boulot, si je fais l’amour, si je prĂ©pare le diner, si j’Ă©cris, je me sens unique, totale, entière, bref un ĂŞtre humain dans sa complexitĂ©, coprs et cerveau confondus, dans une globalitĂ©. A moins que je n’ai pas saisi le sens de “l’objectvation des personnes”. PeĂ»t-ĂŞtre que lorsque “JE” suis sujet, je ne comprends pas le sens de cette objectivation; s’agit-il alors de moi, en tant qu’objet de l’autre, au sens strict du terme ? Oui, bien sĂ»r que je me suis ressentie dĂ©jĂ comme un objet, mais au fond, c’est très rare. Par exemple, c’est le cas dans une conversation Ă trois avec mon amoureux, et que celui-ci ne s’interesse plus Ă moi. La nĂ©gation Ă mon sujet me donne une place de potiche, oĂą ma transparence prend la forme au mieux d’un bouquet de fleurs, au pire de l’encombrante. Pourquoi interroger la notion de respect ?
Je ne suis pas très intello, mais je viens de lire tous les commentaires, et ça m’interesse.
14 août 2006 at 12:11 pm
Une autre alternative qui rejoint peut-ĂŞtre l’idĂ©e d’assouplissement de couple Ă©voquĂ© par Bertrand est une ouverture du couple pour combattre le risque d’enfermement et le renoncement aux divers Ă©panouissements.
Partager l’Ă©ducation des enfants avec son conjoint et d’autres personnes que son sonjoint est dĂ©jĂ rĂ©alisĂ© finalement puisque elle repose aussi sur les enseignants et Ă©ducateurs.
Partager la sexualitĂ©, sensualitĂ©/tendresse avec son conjoint et d’autres personnes que son sonjoint semble ĂŞtre de plus en plus frĂ©quent (libertinage)
Partager son identitĂ© sociale avec d’autres ne semble plus aujourd’hui ĂŞtre un souci dans la vision actuelle du couple. Idem pour les amis qui peuvent ne pas ĂŞtre les mĂŞmes ; dans ce cas, chacun du couple doit pouvoir disposer de moments personnels.
Evolution du couple ?
17 août 2006 at 1:02 pm
Après avoir lu ces commentaires, je rĂ©agirais positivement Ă celui de SĂ©bastien. J’aime beaucoup son approche du couple sa conclusion rĂ©sume bien :
C’est tout le secret! La question “Ame soeur, es-tu là ”, il faut la reposer, même après le mariage, savoir se remettre en question, son couple, mais aussi soi-même. Pas de formules magiques cependant… C’est un pari fou, que l’engagement à deux. Avec à la clé beaucoup de bonheur!
Se poser des questions, chercher Ă connaĂ®tre l’autre. C’est la recherche d’une vie. Quel plaisir de partager des moments Ă deux et en plus si ceux ci on Ă©tait recherchĂ© ensemble.
La conception que propose Guilain me semble peut-ĂŞtre viable pour des personnes qui partagent cette vision. Mais je trouve cela dommage car il y a tant de choses Ă construire, Ă partager Ă deux sans ĂŞtre dans l’enfermement!
A vous lire
18 août 2006 at 1:44 pm
Pour ma part je ne suis peut-ĂŞtre pas bien placĂ© pour exprimer mon opinion sur un sujet qui me pose autant de problèmes au moment oĂą je t’Ă©cris…
Je m’explique, j’ai un nouvel ami depuis 3 mois avec qui ça se passe tellement bien que l’on se voit partageant tous “les domaines” et cela pour la vie ;)
Seulement cela fait trois semaines qu’il est en stage dans un hĂ´pital au Mali et PĂ©nĂ©lope commence Ă avoir des crampes dans les doigts, … l’OdyssĂ©e c’est marrant pour ceux qui sont sur le bateau, pour les autres…
pour prĂ©ciser ma vision du couple je pense en effet que l’exclusivitĂ© ne peut qu’exacerber nos nĂ©vroses sur le terme (la peur de l’abandon par exemple).
Si nous pouvons nous projeter aussi loin dans l’avenir avec mon compagnon c’est parce que l’on a la mĂŞme idĂ©e de la “fidĂ©litĂ©”,
pour nous ce qui compte c’est avoir des sentiments pour l’autre, mais certainement pas avoir des relations sexuelles exclusivement avec l’autre.
Je pense que l’exclusivitĂ© sexuelle engendre une frustration qui d’une manière ou d’une autre va nuire a la relation.
Ensuite, dans ce domaine tout est possible, Ă chacun de savoir ce dont il a besoin pour s’Ă©panouir sexuellement, de plus la libertĂ© se prend ou elle ne se prend pas. Le simple fait de savoir que le corps des autres n’est pas un interdit rend beaucoup moins attrayant la plupart des relations charnelles possibles.
Par contre mĂŞme si je ne pense pas que vous utilisiez le terme “âme soeur” dans son sens littĂ©ral, il me fait beaucoup rire, il fait refĂ©rence pour moi a la conception grècque antique du couple comme ayant Ă©tĂ© un seul et mĂŞme ĂŞtre formant une sphère parfaite et ayant Ă©tĂ© coupĂ©e en deux, chaque moitiĂ© ensuite jetĂ©e hasardeusement sur cette vaste terre… bonjour les chances de la retrouver ! (mĂŞme si a l’Ă©poque le monde se limitait a la mĂ©ditĂ©rrannĂ©e, il faut une bonne dose d’optimisme !)
19 août 2006 at 2:29 pm
Bonjour,
Je suis peut-ĂŞtre trop pragmatique et rationnel mais il me semble que l’âme soeur ne saurait ĂŞtre une “construction” ni mĂŞme une “quĂŞte” si l’on souhaite que le couple soit harmonieux le plus longtemps possible.
Je suppose donc dĂ©jĂ ici que l’objectif est d’avoir un couple harmonieux qui dure.
A mon avis, atteindre cet “objectif” n’est guère aisĂ© mais possible.
Un seul préalable : ne pas essayer de théoriser quoi que ce soit à propos de la vie de couple !
A partir du moment ou l’on essaie de thĂ©oriser, on est dans le calcul (d’une façon ou d’une autre). Et le calcul n’est pas l’ingrĂ©dient idĂ©al pour qu’un couple soit harmonieux et dure. Le calcul favorise le faux-semblant, l’illusion d’ĂŞtre heureux. En amour, et d’une façon gĂ©nĂ©rale, il est fondamental d’ĂŞtre honnĂŞte avec soi mĂŞme : on peut se “construire” une image vis-Ă -vis des autres mais il vaut mieux rester soi mĂŞme avec… soi.
24 août 2006 at 7:11 am
bonne chance…
11 janvier 2007 at 3:09 pm
Et bien, heureusement que la vie n’est pas restreinte Ă la vision qu’on s’en fait.
L’essentiel n’est-il pas d’ĂŞtre heureux dans sa vie et du partage qu’on en fait avec sa moitiĂ© (tierce, …) ?
Le bonheur des autres constribue au sien propre ; rendre les autres heureux c’est se rendre heureux (moment de naivetĂ©, navrĂ©).
Bien content qu’il n’y ait pas de modèle ou modĂ©lisation de la relation humaine.
Ok, je prends le fil un peu tard, mais il ne l’est jamais trop.
J.
17 mai 2009 at 11:22 pm
“L’âme soeur existe”
Moi je dirais “Pour chacun, il existe une âme soeur.”, comme en maths.
Car je ne suis pas persuadĂ©e qu’il n’en existe qu’une. Très loin de lĂ !
28 mai 2009 at 9:42 am
l’âme soeur existe sĂ»rement pour chacun d’entre nous, une vie ne suffit souvent pas Ă la rencontrer..
pour cela il faut se mettre Ă nu, s’ouvrir sans peur, ĂŞtre honnĂŞte avec nous mĂŞme, vivre pleinement les rencontres et se nourrir de chacune d’entre elles surtout si elles on Ă©tĂ© douloureuses pour grandir et attirer Ă soi la personne que l’on mĂ©rite et qui nous mĂ©rite.
29 janvier 2010 at 5:07 pm
Pour moi, l’Ame soeur est un concept rĂ©stricitf en soi. c’est comme l’enfant qui attend son prince charmant.
La vie est faite de rencontre, de dĂ©couverte, d’envie de connaitre, de partager, de construire parfois…Et parmi tout ces personnes que l’on croisent, il en a avec qui on a envie de s’arrĂŞter un moment, parfois un long moment, il y a en a qu’on aimes.
Dire qu’il y a une personne faite pour nous, NON, il y en a plein, après c’est une question de choix mutuel.
Et pour ceux qui pourrait penser que je suis complètement dĂ©sillusionner… je rĂ©pond simplement que je ne suis plus une petite fille qui croit au prince charmant. Mais une femme qui crois en l’amour et en la vie !