Category Archives: Développement perso

Penser la pornographie (Ruwen Ogien)

Couverture du livre 'Penser la pornographie' de Ruwen OgienJe viens de lire « Penser la pornographie » de Ruwen Ogien (2003). Et me voila parti sur ce sujet délicat 🙂 Qu’est-ce qui me motive à lire et à écrire sur la pornographie ? C’est à la fois la continuité de mes remises en question, ici sur le plan sexuel, et ma révolte contre le moralisme ambiant. De plus, dans ce domaine, la lecture m’a amené à changer de position, donc je pense qu’écrire sur le sujet peut avoir un certain impact sur mes (quelques) lecteurs. Enfin, c’est aussi parce que je pense que la société perd beaucoup à la condamnation morale de la pornographie.

OUI aux règles (ou aux condamnations morales) dont l’esprit est :
1/ d’empêcher le tort causé à autrui ;
2/ de défendre une égale considération de chacun

OUI à ces règles et à des garants forts pour ces règles.

Par contre, NON aux règles (ou aux condamnations morales) qui ne seraient pas liées à ces deux points, c’est-à-dire qui ne s’appuieraient pas sur « l’éthique minimale » !

La pornographie confrontée à l’éthique minimale, c’est intéressant parce que :

  • certains arguments pornophobes ne s’appuient pas sur l’éthique minimale ;
  • les autres arguments pornophobes se réclament de l’éthique minimale mais se révèlent en fait douteux ;
  • les règles ou les condamnations morales pornophobes (qui sont mises en place à partir de ces arguments) ont, à mon avis, des conséquences négatives plus importantes que ce qu’on pourrait penser à première vue (là, je sors du domaine exploré par Ruwen Ogien dans son livre).

Pourquoi y’a-t-il autant de règles et de condamnation morales contre la pornographie ?

Ethique minimale Type d’argument Arguments antipornographie
Arguments s’appuyant dessus Elle cause un tort à autrui 1. « protection de la jeunesse »
2. « incitation à la violence sexuelle »
3. « conditions de travail déplorables »
Elle va à l’encontre de l’égalité dans la prise en compte des voix et des intérêts de chacun 4. « dégradation des femmes »
Arguments ne s’appuyant pas dessus Elle est médiocre 5. « mauvaise qualité des films »
Elle cause un tort à soi-même 6. « “modèle” moral inacceptable : sexualité interchangeable, dissociée de tout sentiment, de toute affectivité »
7. « perte futile de temps, d’argent et d’énergie »

Je vais commencer par commenter rapidement les arguments qui ne s’appuient pas sur l’éthique minimale. Je ne m’étendrai pas.

L’argument qui m’intéresse le plus est le 4 : la « dégradation des femmes ». C’est personnellement ce qui me gêne le plus dans la pornographie. Je citerai un assez long passage du livre de Ruwen Ogien. C’est sur ce passage que j’ai le plus envie d’échanger (dans les commentaires en bas de la page ou dans la vraie vie).

Je parlerai de l’argument 1 : « protection de la jeunesse » à la fin : c’est long et je n’arrive pas vraiment à trouver un bon compromis « concision – exhaustivité ». Cependant, il y a matière à riches réflexions…

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Trop nazes, les clowns !?!

ClownJe n’ai jamais vraiment aimé les numéros de clowns. Navrants… Ils me navrent… Ils me prennent, moi et encore plus les enfants, pour des imbéciles. Ils sont lourds, leurs gags n’amusent même pas eux-mêmes… Bref, trop nazes les clowns 🙁

C’est là que Denis Verguin arrive, un mec que j’ai rencontré plusieurs fois à des rencontres “rogériennes” à Paris. J’apprécie beaucoup son authenticité, son côté expressif, sa capacité à devenir ludiquement naïf, à s’étonner, etc. Du coup, quand j’ai su qu’il organisait un atelier clown début 2006, j’y suis allé, malgré mes grandes réticences.

Bien sûr, vous vous en doutez, si j’écris sur le sujet, c’est que cet atelier et ceux qui ont suivis m’ont séduit et ont pulvérisé mes réticences ! Avec Denis, le clown n’essaie pas de faire le pitre ou d’amuser la galerie. Il essaie de sentir ce qui lui arrive, et de le montrer, avec son corps, sa voix, sa tête… Ce qui fait (éventuellement) rire le public, c’est l’humanité qui se dégage du clown, les petits trucs, faiblesses, difficultés qu’on perçoit chez lui alors que les gens essaient d’habitude de les cacher… Le clown débarque aussi un peu d’une autre planète, il n’a pas (ou essaie de ne pas avoir) d’apriori, de spécificités culturelles, etc.

Pour ceux que ça intéresse, Denis organise des ateliers clown 1 fois toutes les 2 semaines, le mercredi, de 19h30 à 22h30, près de la station RER Cité Universitaire (ou métro Glacière). Cela côute 30€ la séance (ou 25€ si l’on vient régulièrement). J’y vais, et ça me plait beaucoup. Si vous voulez tenter l’aventure, il reste des places 🙂

Didier van Cauwelaert est top ! Un cercle de lecture, ça vous dit ?

J’ai fini de lire hier soir “Rencontre sous X” de Didier van Cauwelaert. Je suis grave enthousiaste 🙂 J’ai l’impression que c’est le meilleur livre que je n’ai jamais lu ! Des personnages très attachants avec des révoltes touchantes et jouissives, un humour que j’apprécie beaucoup (un peu façon “petit Nicolas”), une relation amoureuse atypique où plein de choses sont inversés…

En tous cas, ça m’a donné envie d’organiser un cercle de lecture ! On en faisait à Lyon l’année dernière : tous les mois, un livre et un rendez-vous chez quelqu’un pour en discuter, chacun ramène un peu à bouffer ou à boire… C’est chouette pour rencontrer de nouvelles personnes et pour découvrir de nouveaux auteurs !

Si ça vous branche, faites moi signe 🙂

Voici quelques passages (pas forcément significatifs) : Continue reading Didier van Cauwelaert est top ! Un cercle de lecture, ça vous dit ?

Ame soeur, es-tu là ?

La vision traditionnelle du couple me semble être un pari très gonflé :

Des alternatives à l'âme soeur ?

J’aime les paris gonflés 🙂 Celui-là est d’ailleurs très attirant ! Il suffit de trouver la bonne personne (l’âme sœur) pour vivre des moments merveilleux dans tous les domaines, être rassuré par rapport aux problèmes de la vie, etc. Le pied, non ?

Oui, sauf que j’ai l’impression que ce pari est rarement réussi ! Continue reading Ame soeur, es-tu là ?

Etre “à fond dedans” ou ne pas l’être…

Ce qui me semble essentiel à l’école, en colonie de vacances ou pour le développement personnel en général, c’est d’être “à fond” dans les activités qu’on fait. Voici mon hypothèse la plus importante : une personne qui s’investit à fond dans une activité ne perd pas son temps, même si elle en donne parfois l’impression de l’extérieur.

[modifications du 17 août 2006 : cette hypothèse est valable dans la plupart des cas, mais pas toujours ! Elle reste fondamentale, mais il faut l’exclure dans deux cas. D’une part, une personne qui s’investit à fond dans une activité peut le regretter après coup, mais recommencer quand même (par exemple, des jeux d’ordinateur). C’est un phénomène addictif et la personne veut elle-même en sortir. Dans ce cas, “être à fond dedans” n’est pas forcément constructif. D’autre part, même si la personne ne regrette pas l’activité dans laquelle elle s’investit à fond, il est parfois constructif qu’une autre personne la contraigne à se limiter dans cette activité, dans le but qu’elle s’ouvre à d’autres activités (dans ce cas, il faut que l’environnement soit stimulant, et que la personne contrainte s’approprie la contrainte de limitation très rapidement, sinon, je pense que cela ne peut pas être constructif !). Un exemple, après que des parents aient essayé sans succès que des enfants se mettent leur propres contraintes pour limiter leur temps passé devant l’ordinateur, ils leurs imposent de se limiter à 2 heures par jour, et les enfants intègrent cette limite sans que les parents aient besoin d’intervenir dans la suite…]

Mais comment aider quelqu’un à avoir envie de s’investir à fond dans une activité ? C’est ce que j’ai essayé de synthétiser dans le schéma ci dessus ! Le but est d’arriver à atteindre le rectangle en haut à droite…
être à fond dedans ?

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Brest2006 : le forum (féérique) des usages coopératifs

Je suis chamboulé par les 3 jours que je viens de passer à Brest ! Je me sens très en phase avec les participants et ce qu’ils font autour d’Internet. L’ambiance était féérique 🙂 Imaginez : plus de 300 personnes accessibles, enthousiastes, qui sourient facilement, s’écoutent, s’estiment… Des personnes qui s’impliquent au niveau local et s’intéressent aux moyens d’encourager l’expression des gens et les échanges… Des personnes d’horizons, d’âges, de sexes et de métiers variés… Bref, des sourires et des rencontres enthousiasmantes à la pelle ! Continue reading Brest2006 : le forum (féérique) des usages coopératifs

Madeleine Chapsal

Voici quelques citations de “Un été dans histoire” de Madeleine Chapsal 🙂

En temps ordinaire, nous faisons l’amour comme des sauvages, ou plutôt comme ne le font pas les sauvages : on s’enfile, on s’agite convulsivement, on pousse trois petits gémissements plaintifs et ça y est. J’ai toujours désiré faire l’amour d’une autre façon, extrêmement lente. Je ne sais pas s’il est ainsi pour les hommes, mais je sais qu’on peut mener une femme jusqu’à l’acmé de l’excitation, jusqu’à l’orgasme, en répétant indéfiniment la même caresse au même point de son corps, quel qu’il soit et même s’il paraît indifférent au début. Cela frôle le supplice, bien entendu, comme tout ce qui touche à l’érotisme. Mais va te faire foutre, c’est toujours au même traitement vite expédié qu’on a droit – comme si nous avions tous, et toutes, un mode d’emploi, le même (avec variante pour le sexe opposé), inscrit sur la peau du ventre ! Variante féminine : la bouche, les seins, une rapide exploration de la vulve pour voir si c’est bien mouillé et hop l’oiseau au nid. Je parle des meilleurs cas, de ceux où ça marche, bien entendu. Les autres, passons-les par profits et pertes. Continue reading Madeleine Chapsal

Mon parcours amoureux…

Longtemps je me suis peu intéressé à la vie amoureuse, la sensualité et la sexualité. J’étais plutôt fier de m’en montrer détaché. Ce détachement n’était pas difficile : j’avais une certaine attirance pour les filles, mais elle était liée à des préoccupations sociales ou intellectuelles, ou à des considérations pas assez motivantes (beauté du visage, des cheveux…). Fantasmes quasi-inexistants. Masturbation de même…Asexualité. C’est le nouveau terme à la mode. 1% de la population selon quelques enquêtes. Je pense que ce chiffre est largement sous-estimé.Depuis quelque temps, j’aimerais que la donne change en ce qui me concerne, et elle change… Timidement, mais elle change 🙂 J’accorde beaucoup d’importance à la vie sensuelle et sexuelle. Ce domaine me semble vaste, plein de promesse d’intensité, de plaisir… Petit à petit, je développe mes envies et je prends confiance en moi :-)Le déclic : une prise de conscience intellectuelle suite à des lectures, des témoignages, etc. et aussi la découverte de la sensualité. Tout cela principalement grâce à Michel Lobrot. Continue reading Mon parcours amoureux…

Bingo ou les arbres de connaissances

Le concept des “arbres de connaissances” est simple. Une classe (ou plus généralement un groupe) est composé les élèves (de personnes) qui maîtrisent chacun telles ou telles connaissances (elles ont des caractéristiques distinguables). Un “arbre de connaissance” cartographie la classe sous la forme d’un arbre : dans le tronc, les connaissances partagées par tous ou presque, dans les branches, les connaissances partagées par un même sous-groupe (plus on parcours la branche, plus le sous-groupe s’amenuise). Cela permet d’une part à l’élève de voir sa place dans le groupe (l’arbre change si lui-même change) et d’autre part d’avoir des idées de nouvelles connaissances à maîtriser. En plus, il permet de constater les connaissances qui vont ensemble et ces constations sont parfois riches de surprises.

Philippe Ruelen, un instituteur avec qui je travaille a déjà fait pour sa classe un logiciel qui marche très bien dans sa classe, ainsi que dans la classe d’une poignée d’autres collègues (nommé Bingo). Il existe un logiciel propriétaire Gingo®, mais c’est une usine à gaz. Le logiciel que je crée (j’ai déjà bien avancé) est un service web, ce qui apporte énormes avantages : les enfants peuvent montrer aux parents quand ils sont chez eux (s’ils ont Internet chez eux), différentes classes peuvent avoir la même banque de “brevets”, c’est-à-dire le même ensemble de connaissances à disposition (avec possibilité de fusionner deux connaissances similaires), les enfants peuvent continuer à voir évoluer l’arbre de leur ancienne classe, etc.

Ce truc pourrait s’appliquer à autre chose que des connaissances : par exemple, un arbre des compétences, un arbre d’idées de projets, un arbre d’activités…

La pédagogie de la mouche

Texte tiré du site de Bernard Collot :

En ce début d’année scolaire, à plusieurs reprises, on m’a demandé : “Mais qu’est-ce donc cette soi-disante pédagogie de la structure et de la communication ? Et comment tu fais ?”. La question piège ! Je ne sais pas très bien comment je fais ! et pourtant, au fur et à mesure que les années passent, je sais bien que je ne fais pas n’importe quoi, je commence même par en être sûr ! Qu’est-ce qui détermine chacun de nos actes pédagogiques, tout au moins les miens ? Alors, en cette belle journée de pré-rentrée, par la fenêtre ouverte, bzzzzz… j’ai découvert que j’essayais d’organiser ma classe suivant la pédagogie… de la mouche!

Et c’est assez simple, il suffit… ou plutôt il faut…

Il faut qu’une mouche puisse rentrer dans la classe, éventuellement se poser sur une vitre (1).

Il faut qu’un enfant puisse éventuellement la voir, éventuellement la regarder (2).

Il faut qu’il puisse, éventuellement, s’en approcher (3), poser son menton sur sa main et partir sur son dos à travers des nuages verts.

Il faut qu’il puisse, éventuellement, lui parler, lui chanter ou aller chanter la chanson de la mouche au magnétophone, aller à l’atelier peinture peindre le voyage avec la mouche ou, dans un coin tranquille (4), écrire un poème de mouche, et, pourquoi pas, écrire à la mouche.

Il faut qu’il puisse, éventuellement, attraper la mouche, la mettre dans une boite et la cacher dans son bureau, ou lui arracher une aile pour voir si une mouche avec une aile, ça vole (5). Continue reading La pédagogie de la mouche