L’antiperfectionnisme libĂ©ral

Extraits de “Sexe : le point aveugle du libĂ©ralisme politique” de Jean-Cassien Billier (dans “Comprendre la sexualitĂ©” 6ème numĂ©ro d’une revue de philosophie et de sciences sociales Ă©ditĂ©e par PUF, Ă  paraĂ®tre prochainement)

[…]

Il est temps aujourd’hui de saisir qu’une posture nouvelle est tenable ; celle qui consiste Ă  assumer jusqu’au bout les principes du libĂ©ralisme politique contre tout conservatisme moral, sans pour autant forcĂ©ment endosser les thèses les plus bĂ©atement optimistes du libĂ©ralisme Ă©conomique dĂ©bridĂ©.

[…]

L’antiperfectionnisme libĂ©ral tente de mettre en application au moins trois grands principes :

  • le principe de la considĂ©ration Ă©gale, qui exige d’accorder la mĂŞme valeur Ă  la voix ou aux intĂ©rĂŞts de chacun
  • le principe de neutralitĂ© de l’Etat Ă  l’Ă©gard des conceptions du bien personnel (1)
  • le principe d’intervention limitĂ©e de l’Etat aux cas de torts flagrants causĂ©s Ă  autrui.

L’application conjointe de ces principes devrait permettre d’assurer que les pratiques et les orientations diverses de nos contemporains en matière de sexualitĂ© ne doivent ĂŞtre limitĂ©es que dans les cas oĂą celles-ci nuisent de façon flagrante Ă  autrui (et non pas Ă  eux-mĂŞmes, puisqu’il s’agit de leur libertĂ© et non de la nĂ´tre). […]

L’antiperfectionnisme moral n’est pas un relativisme moral, pas plus en matière de sexualitĂ© que de façon gĂ©nĂ©rale. L’antiperfectionnisme moral dit simplement ceci : la vocation de la morale n’est pas de rĂ©genter la totalitĂ© de votre vie en vous demandant de prendre en dictĂ©e tous les comportements “bons” ou “mauvais”. Mais lĂ  oĂą le relativisime moral s’interdit d’arbitrer l’affrontement des opinions, l’antiperfectionnisme soutient des principes moraux substantiels, par exemple ceux-lĂ  mĂŞme que nous venons d’Ă©noncer.

Mais les principes de considĂ©ration Ă©gale, de neutralitĂ© de l’Etat et d’intervention limitĂ©e aux cas de torts avĂ©rĂ©s infligĂ©s Ă  autrui suffisent-ils ? A notre sens, certainement en ce qui regarde la morale publique. Libre Ă  chacun d’adhĂ©rer Ă  sa propre conception perfectionniste du Bien, Ă  condition que celle-ci n’empiète en rien sur les principes antiperfectionnistes de morale publique. En d’autres termes, si vous ĂŞtes persuadĂ© que la sodomie, la bisexualitĂ©, la fellation, la fidĂ©litĂ© ou la zoophilie (etc.) mettent en pĂ©ril ou au contraire favorisent votre propre Ă©panouissement spirituel et moral, cela relève de votre sphère morale privĂ©e qui a droit Ă  une visibilitĂ© publique tant qu’elle ne cause pas de tort mesurables Ă  autrui. La “morale minimale” du libĂ©ralisme antiperfectionniste en inquiète cependant certainement plus d’un.

Ces modestes principes, peuvent songer les plus dubitatifs, suffiront-ils Ă  nous protĂ©ger contre d’Ă©pouvantables catastrophes morales telles que la sexualitĂ© aurait le secret d’en fourbir en son sein ? Cette inquiĂ©tude mĂŞme nous paraĂ®t assez suspecte. Que craint-on donc ? Que la sociĂ©tĂ© entière s’abĂ®me dans on ne sait quel ocĂ©an de perversions ? Mais quelles seraient donc ces perversions et leur dĂ©finition non perfectionniste ? Un comportement addictif causant objectivement tort Ă  autrui (ne pas pouvoir s’empĂŞcher d’agresser des gens dans l’autobus pour trouver une satisfacion sexuelle, etc.) serait Ă©videmment condamnĂ© dans le cadre d’une morale antiperfectionniste minimale prĂ©cisĂ©ment en tant qu’il cause tort Ă  autrui (et non en ce qu’il est sexuel).

[…]

A l’Ă©gard de la prostitution comme de la pĂ©dophilie, ce qui est inadmissible au rĂ©gard de ces principes, ce n’est en rien le caractère sexuel de ces pratiques mais toutes les composantes de domination, d’esclavagisme, de manipulation, bref de tort fait Ă  autrui. En ce sens, ce qui est inadmissible, c’est Ă©videmment l’esclavigisme sexuel qui porte par dĂ©finition un tort extrĂŞme Ă  la libre propriĂ©tĂ© du corps et de son usage. Qu’une personne dĂ©sire faire commerce de services sexuels nous semble banalement licite, ni louable, ni blâmable. Qu’elle ne bĂ©nĂ©ficie pas de toutes les protections juridiques nĂ©cessaires Ă  son activitĂ© et qu’elle puisse ĂŞtre rĂ©duite en quasi-esclavage nous semble Ă©videmment inadmissible par la morale publique libĂ©rale. En ce qui concerne la pĂ©dophilie, il n’est pas difficile de constater que le principe de la limitation de la libertĂ© Ă  l’aune du tort fait Ă  autrui est efficace pour interdire toutes les formes de violence faites aux enfants, mĂŞme s’il faut forcĂ©ment en passer par une dĂ©finition conventionnelle de la frontière lĂ©gale en deçà de laquelle un ĂŞtre humain est encore un enfant et au-delĂ  de laquelle il peut disposer de lui-mĂŞme. La pĂ©dophilie, parce qu’elle constitue prĂ©cisĂ©ment un cas moralement difficile, est un exemple plus central encore que celui de la prostitution pour mesurer le snes et la portĂ©e de l’application des principes du libĂ©ralisme moral.

On sait que nos sociĂ©tĂ©s ont tardivement dĂ©couvert dans la pĂ©dophilie une figure du Mal radical qui fĂ©dère toutes les consciences, des plus laĂŻques aux plus religieuses. L’affaire pour beaucoup semble entendue : le pĂ©dophile (2) est un monstre hideux que l’on doit chasser Ă  coups de fourche. Mais cette noble cause doit-elle pour autant aboutir Ă  braver tous les risques et contrevenir Ă  la prudence la plus Ă©lĂ©mentaire en matière d’instruction judiciaire, comme l’a montrĂ© le procès d’Outreau ?

Que les choses ici soient claires : il va de soi que profiter de la minoritĂ© et de la vulnĂ©rabilitĂ© des enfants pour en faire un commerce Ă©rotique et, pire encore, leur faire subir des violences physiques et psychologiques contrevient sans discussion aucune Ă  leurs droits les plus Ă©lĂ©mentaires, tels qu’ils sont notamment fixĂ©s par la Convention internationale des droits de l’enfant adoptĂ©e Ă  l’unanimitĂ© par les Nations Unies en 1989, et ratifiĂ©e par la France en 1990. Mais qu’est ce qui est condamnĂ© juridiquement, et condamnable moralement ? C’est bien la violence, la coercition, la manipulation d’une catĂ©gorie vulnĂ©rable de l’humanitĂ©. Est-ce le caractère sexuel de cette violence faite Ă  l’enfant ? Faire travailler un enfant, l’enfermer dans un placard, le battre, lui refuser la possibilitĂ© de jouer, de nouer des relation amicales (etc.) sont Ă©galement des violences tout aussi condamnables. L’immense difficultĂ© qui surgit avec la pĂ©dophilie est celle qui se fait jour avec toutes les questions en rapport avec ce que nous nommons “sexualitĂ©” : qu’est ce qui est sexuel ? Revient-il Ă  l’appareil judiciaire de dĂ©finir les contours d’une dimension impalpable de l’humain ? Caresser les cheveux d’un enfant, est-ce sexuel ? Et le tenir par la main ? Il y a beau temps que la rĂ©duction de la sexualitĂ© Ă  la sphère gĂ©nitale a Ă©tĂ© disqualifiĂ©e. Mais en ce cas, comment rĂ©aliser le travail dĂ©finitionnel ? Il y a lĂ  une difficultĂ© considĂ©rable qui se dresse face Ă  l’ensemble des rĂ©flexions morales et politiques sur la “sexualitĂ©”.

[…]

Si le sexuel n’est pas forcĂ©ment gĂ©nital (sans quoi, comme le soulignent pĂ©dagogiquement Marcela Iacub et Patrice Maniglier, l’introduction d’un bâton dans l’anus ne saurait ĂŞtre qualifiĂ©e de crime sexuel (3)), si le crime sexuel ne peut faire l’Ă©conomie du mobile qui n’est pas dans la matĂ©rialitĂ© de l’acte (faire la toilette intime de ses propres enfants n’est pas forcĂ©ment un crime sexuel, la manipulation des organes gĂ©nitaux n’Ă©tant pas par elle-mĂŞme criminelle), si la sexualitĂ© est dans le mĂŞme temps diffuse, potentiellement omniprĂ©sente (sucer un bâtonnet de glace en public pourrait bien devenir dans cette perspective soit un dĂ©lit sexuel, soit un droit sexuel), reste la possibilitĂ© de renoncer Ă  tout emploi de la qualification “sexuel” en morale et en droit. Telle est en substance la thèse avancĂ©e par Marcella Iacub et Patrice Manigliet dans leur Antimanuel d’Ă©ducation sexuelle : celle d’une sociĂ©tĂ© post-sexuelle. La neutralitĂ© idĂ©ale visĂ©e par le libĂ©ralisme politique et moral ne se tiendrait-elle pas lĂ  ? Renoncer dĂ©finitivement Ă  donner une dĂ©finition forcĂ©ment coercitive et potentiellement absurde du sexuel, ne serait-ce pas en dĂ©finitive la solution la plus parfaite, dans la logique mĂŞme de l’Ă©limination de toute rĂ©fĂ©rence Ă  une conception comprĂ©hensive et perfectionniste du Bien ?

[…]

Bien sĂ»r, les dĂ©fenseurs d’une certaine approche perfectionniste de la “sexualitĂ©” (terme dont les lignes qui prĂ©cèdent devraient nous amener Ă  ne l’utiliser finalement qu’entre guillemets) alignĂ©e, disons, sur des croyances religieuses stigmitisant l’homosexualitĂ©, la pornographie, le commerce de services sexuels et le recours Ă  la contraception pourront s’Ă©crier en retour : mais que fera-t-on du tort fait Ă  nous autres perfectionnistes homophobes et dĂ©fenseurs de la censure ?

Une rĂ©ponse d’humeur pourrait, en la circonstance, consister Ă  rĂ©torquer, qu’au regard des torts immenses que les moralisateurs homophobles et farouches gardiens du temple du paternalisme moral ont fait pendant des siècles, la question de savoir si on doit prendre en compte le tort moral qu’on leur ferait est anecdotique. […]

Plus de 80 pays sanctionnent aujourd’hui dans le monde l’homosexualitĂ©, qui est passible de la peine de mort en Arabie Saoudite, en Iran, au Pakistan, au Soudan, au YĂ©men, en Mauritanie et en TchĂ©tchĂ©nie. Les partisans de tous les perfestionnismes moraux homophobes chercheront en revance en vain dans leur mĂ©moire et dans l’histoire des cas oĂą ils furent eux-mĂŞmes exterminĂ©s par des homosexuels dĂ©sireux d’Ă©lmininer toute trace d’hĂ©tĂ©rosexualitĂ© sur la planète.

Ultime remarque dite d’humeur, mais qui pourrait mĂŞme avoir, après tout, une certaine pertinence sociologique : au regards des torts causĂ©s dans le passĂ© et dans le prĂ©sent aux homosexuels, on ne peut qu’ĂŞtre frappĂ© par le caractère essentiellement pacifique et ludique des revendications de ces derniers. Lorsque quelques esprits chagrins se formalisent d’actions spectaculaires d’Act Up, il faut bien souligner que ni Act Up ni les homosexuels en gĂ©nĂ©ral n’ont brĂ»lĂ© des voitures, pris des magistrats ou des Ă©vĂŞques en otages, posĂ© des bombes, incendiĂ© des gendarmeries ou des bâtiments du fisc. Voici une catĂ©gorie de citoyens en butte Ă  la stigmatisation homophobe depuis des lustres, revendiquant une toute simple Ă©galitĂ© de droits et de dignitĂ©, et qui s’exprime symboliquement aux yeux du grand public par une grande fĂŞte annuelle : c’est original.

Une rĂ©ponse plus abstraite aux adversaires de la fin de l’exception sexuelle pourrait ĂŞtre celle-ci : leur propre libertĂ© de dĂ©fendre pacifiquement leurs convictions ne peut avoir de sens qu’assortie d’une libertĂ© Ă©gale pour d’autres conceptions perfectionnistes et pour des conceptions antiperfectionnistes de la vie humaine en gĂ©nĂ©ral. […]

Seul l’antiperfectionnisme rend tous les perfectionnismes possibles […]



(1) Comme le remarque Thomas Hurka, l’un des dĂ©fenseurs d’une forme moderne de perfectionnisme moral, le perfectionnisme peut très parfaitement dĂ©fendre la valeur de la libertĂ©, mais il n’ira jamais jusqu’Ă  dĂ©fendre l’idĂ©al d’une neutralitĂ© axiologique de l’Etat. La neutralitĂ© de l’Etat est purement antiperfectionniste : Thomas Hurka, Perfectionism, New York - Oxford, Oxford University Press, 1993, p. 158 et s. : “Liberty versus Neutrality”. Retour dans le texte

(2) La psychiatrie dĂ©finit le “pĂ©dophile” comme Ă©tant celui qui Ă©prouve une excitation sexuelle pour un enfant prĂ©pubère (en gĂ©nĂ©ral âgĂ© de 13 ans ou de moins de 13 ans), sur le mode hĂ©tĂ©rosexuel, homosexuel ou bisexuel. Cette tendance semble pouvoir ĂŞtre vĂ©cue Ă  un niveau fantasmatique, et n’entraĂ®ne pas forcĂ©ment de passage Ă  l’acte systĂ©matique. Les pĂ©dophiles “transgressifs”, qui, eux, passent Ă  l’acte, sont repartis en trois groupes par une typologie rĂ©cente : les pĂ©dophiles dont le passage Ă  l’acte est occasionnel, l’enfant jouant un rĂ´le transitoire et substitut d’un partenaire adulte ; les pĂ©dophiles “manipulateurs”, formant la catĂ©gorie la plus nombreuse, qui cherchent des positions sociales les rendant proches des enfants afin de les amener par coercition psychologique Ă  accepter leurs dĂ©sirs ; les pĂ©dophiles “prĂ©dateurs”, qui cherchent Ă  l’inverse l’anonymat pour agresser avec une violence extrĂŞme les enfants, relâchant ou tuant leurs victimes après la satisfaction de leur plaisir sexuel. Retour dans le texte

(3) Marcela Iacub, Patrice Maniglier, Antimanuel d’Ă©ducation sexuelle, Paris, BrĂ©al, 2005, p. 302 Retour dans le texte

11 réponses à “L’antiperfectionnisme libĂ©ral”

  1. Anne-Sophie Says:

    Rien dans ce texte ne permet de savoir ce que ce sont des “tort mesurables Ă autrui”, et comment Ă©tablir un consensus dessus entre personnes ayant des morales diffĂ©rentes.
    Ceci explique pourquoi il n’y a que rĂ©ponses d’humeurs Ă ceux qui s’estiment lĂ©sĂ©s par l’application d’une telle morale.
    En l’Ă©tat, ce texte est idĂ©ologique, car il ne propose pas de moyens de vivre ensemble entre personnes qui pensent diffĂ©remment.

  2. Solveig Says:

    Eloge du libĂ©ralisme et de la consommation sexuelle…
    Tu avais raison, ce texte m’interpelle mais pas en bien, en ce sens qu’effectivement, je trouve ridicule que la “loi” ou l’”Ă©tat” se mĂŞlent de ma sexualitĂ©. Ceci dit, plutĂ´t que de les rĂ©former pour les rendre libĂ©raux, supprimons l’Ă©tat et baisons comme nous voulons.
    Condamner un acte parce qu’il est sexuel c’est dĂ©bile : je suis d’accord avec le texte. Ceci dit, le “sexuel” est encore un domaine qui fait partie des shĂ©mas de pensĂ©e actuels, et les violences -sexuelles- ne sont pas des cas isolĂ©s : une grande majoritĂ© des femmes sont victimes de viols (et pas par des inconnus dans la rue, le plus souvent ce sont des viols conjugaux pour lesquels l’univers de bisounours prĂ©vu dans cet article ne prĂ©voit rien). Oui, la sexualitĂ©, multiple, variĂ©e, non codifiĂ©e c’est jouissif et beau. Mais il ne faut pas oublier que la sexualitĂ© telle qu’elle est construite dans notre sociĂ©tĂ© est un facteur d’oppression, ce qu’ignore peut-ĂŞtre l’homme qui Ă©crit ce bouquin. Est-il sĂ»r de n’avoir jamais violĂ© quelqu’unE (viol : acte sexuel non dĂ©sirĂ©, consenti ou non) ? Sa notion de “tort flagrant” me semble une bonne façade pour invisibiliser les violences sexuelles domestiques, celles-ci sont donc normales ? Ou, s’il est (hypothèse improbable) libĂ©rĂ© des shĂ©mas d’oppression, pense-t’il que c’est le cas de touTEs ?

  3. Patrick Says:

    Ouche! Que ce texte me semble alambiquĂ© et pour tout dire, tordu. Comme l’accouchement est difficile! Comme il tourne autour du pot! Bref: comme il est malsain, pas bien dans ses baskets! Que de circonlocutions, que de tortillements pour glisser, essayer de glisser sur le devant de la scène une sexualitĂ© oppressĂ©e, problĂ©matique, probablement mĂ»e par une fascination incoercible pour l’enfant, en tout cas douloureusement atypique… de l’air, de l’air!

  4. Anonyme Says:

    Je ne suis pas du tout d’accord (notamment) avec ce passage : “A l’Ă©gard de la prostitution comme de la pĂ©dophilie, ce qui est inadmissible au rĂ©gard de ces principes, ce n’est en rien le caractère sexuel de ces pratiques mais toutes les composantes de domination, d’esclavagisme, de manipulation, bref de tort fait Ă autrui.”

    Si ce raisonnement est plus ou moins fondĂ© Ă propos de la prostitution, concernant la pĂ©dophilie il est inexact. L’auteur a oubliĂ© que le caractère sexuel est le fondement de la pĂ©dophilie et la relation sexuelle avec un enfant de 7 ans n’est pas “cautionnable” de mon point de vue mĂŞme s’il n’y a aucune domination, aucune manipulationn aucun esclavagisme derrière. Oui, il est concevable qu’aucune contrainte ne pèse sur l’enfant (cf. jeu et sĂ©duction tout Ă fait naturel) mais une relation sexuelle avec un enfant de 7 ou 10 ans, etc. …c’est non.

    @+

  5. desmond Says:

    La loi punit le passage Ă  l’acte des pĂ©dophiles, pas les tendances pĂ©dophiles (qui ne sont pas connues).
    Ce texte est bien ambigĂĽ car il donne l’impression de lĂ©gitimer la sexualitĂ© d’adultes avec des enfants( en noyant le poisson avec la question de l’âge-jusqu’Ă  quel âge est-on enfant?), et de considĂ©rer la pĂ©dophilie comme un don neutre et inoffensif de la nature(sous-erntendu: ce qui est naturel ne peut ĂŞtre jugĂ© moralement), ainsi que de rapprocher subrepticement anti-pĂ©dophilie et homophobie (bien entendu d’origine religieuse), et tout ça au nom du libĂ©ralisme dont on fait mine de dĂ©velopper sĂ©rieusement la pensĂ©e.
    Bref, Act-up vaut mieux que les fous de Dieu( il vous faut choisir), les pĂ©dophiles ça casse pas 3 pattes Ă  un canard (la preuve, Outreau), et ceux qui sont contre sont d’horribles perfectionnistes homophobes religieux (c’est-Ă -dire des fondamentalistes moraux).
    Bon, une Ă©nième ressucĂ©e de la libertĂ© sexuelle entravĂ©e par la morale religieuse rĂ©actionnaire, le retour de la pensĂ©e 68 mais habillĂ©e du manteau libĂ©ral portĂ© aujourd’hui par les ex devenus bobos.
    Entre parenthèses, il faut admirer la hauteur de l’argument suivant: les hĂ©tĂ©ros devraient se questionner sur leur violence Ă  l’Ă©gard des homos, et sur la non-rĂ©ciprocitĂ© de cette violence.Le sexe des anges, on vous dit!

  6. Guilain Says:

    Je suis surpris par tant de véhémence contre un texte qui ne me semble absolument pas pro-pédophilie !

    La proposition, c’est que l’état reste neutre par rapport aux problèmes moraux et se contente d’intervenir en cas de “torts flagrants” (ou “mesurables”). C’est à mon avis une idée excellente, et il est intéressant d’analyser les discours de Bush, Le Pen, Sarko ou de Ségo avec cette question là : quelle perfectionnisme moral chacun défend-il ?

    Bien sûr, le problème le plus délicat, dans ce cas, c’est la pédophilie. L’auteur écrit : “il faut forcément en passer par une définition conventionnelle de la frontière légale en deçà de laquelle un être humain est encore un enfant et au-delà de laquelle il peut disposer de lui-même”. Il n’est donc pas contre le fait que l’état interdise des rapports sexuels avec des enfants de 7 ans !!! Il me semble que la limite en France est de 15 ans (et surement moins si c’est entre mineurs, je ne sais pas exactement). Même si l’auteur dit que ce seuil est forcément arbitraire, il dit clairement que l’état fait bien de placer cette limite !

    L’autre cas délicat, c’est “les viols conjuguaux” sont parle Solveig ou plus généralement, les violences sexuelles qui ne laissent pas de traces. Mais dans ce cas, quelle est l’alternative ? Sanctionner pénalement uniquement à partir de paroles de quelqu’un ? C’est la parole de l’un contre la parole de l’autre ! Et comme le détecteur à mensonge n’est toujours pas fiable (je doute qu’il le soit un jour), cette alternative est bien pire que la proposition de l’auteur ! Ce type de réflexion est aussi développé dans “l’Antimanuel d’éducation sexuelle” (de Marcela Iacub et Patrice Maniglier) que je conseille vivement à ceux qui s’intéresse au sujet :-)

    Autrement dit, l’auteur se fait fusiller ici parce qu’il dit que considérer qu’un acte est sexuel ne devrait jamais être le motif d’une sanction pénale, mais que le motif doit nécessairement être le tort flagrant causé à autrui ou l’exploitation d’une personne “qui ne dispose pas d’elle-même” (enfants ou certains adultes, aurais-je envie de rajouter : certains handicapés par exemple).

    Comme je suis déçu qu’un texte aussi clair et aussi intéressant dans les changements qu’il pourrait apporter ne soit pas apprécié !

    En tous cas, merci à tous de contribuer à ce mini-débat :-) :-) :-)

    Guilain

    PS : je suis d’accord avec ta remarque, Anne-Sophie : ce texte gagnerait à définir plus précisément ce qu’est un tort flagrant ou mesurable ! Mais ne penses-tu pas qu’on puisse y arriver et que ce soit un concept pertinent ?

  7. desmond Says:

    Ce n’est pas le dĂ©but du texte qui est Ă  mettre en doute, mais la suite (les travaux d’application politico-juridiques, en quelque sorte)

    [quote]Bien sûr, les défenseurs d’une certaine approche perfectionniste de la “sexualité” (terme dont les lignes qui précèdent devraient nous amener à ne l’utiliser finalement qu’entre guillemets) alignée, disons, sur des croyances religieuses stigmitisant l’homosexualité, la pornographie, le commerce de services sexuels et le recours à la contraception pourront s’écrier en retour : mais que fera-t-on du tort fait à nous autres perfectionnistes homophobes et défenseurs de la censure ?

    Une réponse d’humeur pourrait, en la circonstance, consister à rétorquer, qu’au regard des torts immenses que les moralisateurs homophobles et farouches gardiens du temple du paternalisme moral ont fait pendant des siècles, la question de savoir si on doit prendre en compte le tort moral qu’on leur ferait est anecdotique. […]

    Plus de 80 pays sanctionnent aujourd’hui dans le monde l’homosexualité, qui est passible de la peine de mort en Arabie Saoudite, en Iran, au Pakistan, au Soudan, au Yémen, en Mauritanie et en Tchétchénie. Les partisans de tous les perfestionnismes moraux homophobes chercheront en revance en vain dans leur mémoire et dans l’histoire des cas où ils furent eux-mêmes exterminés par des homosexuels désireux d’élmininer toute trace d’hétérosexualité sur la planète.

    Ultime remarque dite d’humeur, mais qui pourrait même avoir, après tout, une certaine pertinence sociologique : au regards des torts causés dans le passé et dans le présent aux homosexuels, on ne peut qu’être frappé par le caractère essentiellement pacifique et ludique des revendications de ces derniers. Lorsque quelques esprits chagrins se formalisent d’actions spectaculaires d’Act Up, il faut bien souligner que ni Act Up ni les homosexuels en général n’ont brûlé des voitures, pris des magistrats ou des évêques en otages, posé des bombes, incendié des gendarmeries ou des bâtiments du fisc. Voici une catégorie de citoyens en butte à la stigmatisation homophobe depuis des lustres, revendiquant une toute simple égalité de droits et de dignité, et qui s’exprime symboliquement aux yeux du grand public par une grande fête annuelle : c’est original.[/quote]
    Est-ce aussi angélique et innocent que vous le soutenez?

  8. Guilain Says:

    Ben… Oui, je pense que c’est “aussi angĂ©lique et innocent” que l’auteur le soutient ! Pourquoi ? C’est quoi les actions spĂ©ctaculaires d’associations d’homosexuels qui te dĂ©rangent, toi ?

    Je ne pensais pas que ce passage pouvait gĂŞner… LĂ , j’avoue que je ne comprends pas !

  9. desmond Says:

    “C’est quoi les actions spĂ©ctaculaires d’associations d’homosexuels qui te dĂ©rangent, toi ?”
    VoilĂ  qui est plus franc, mon cher Guilain, mais soudain bien loin du ton serein du questionnement sur “l’anti-perfectionnisme libĂ©ral” du dĂ©but.Bref, on convoque Marcel

  10. desmond Says:

    (suite)
    …Marcela Iacub pour mieux refourguer sa propagande act-up.
    “Je ne pensais pas que ce passage pouvait gĂŞner”
    GĂŞner, dĂ©ranger…Curieux ces termes qui reviennent toujours sous la plume des propagandistes de la cause homo pour stigmatiser des opinions diffĂ©rentes des leurs!Comme s’il s’agissait aussi de dĂ©noncer ce qui ne serait pas pur plaisir permanent: si tu me contredis, tu m’empĂŞches de jouir, tu n’es qu’un homophobe religieux!Par contre, j’ai moi le droit, car je le prends, de pĂ©nĂ©trer daans une Ă©glise durant une messe, d’Ă©carter le curĂ© et d’y cĂ©lĂ©brer de force un mariage homo!Et ça te dĂ©rangerait?

  11. Guilain Says:

    Je réponds à Desmond et aussi à un commentaire laissé sur le forum Pères Fondateurs qui est lié à cet article :

    “Il y a de bonnes et de mauvaises choses dans ce texte. Les mauvaises, chacun peut les voir, elles sont assez Ă©videntes. Les bonnes sont 1. la dĂ©sexualisation du droit. Un acte est mauvais en tant que tel, pas parce qu’il est sexuel (Marcela Iacub raconte des choses très amusantes sur le sujet) ; 2. l’idĂ©e de morale minimale et de sĂ©paration stricte du privĂ© et du public. Je note Ă  ce propos, et c’est un des très mauvais points de ce texte, que les associations homosexuelles font justement tout l’inverse et font de leurs pratiques privĂ©es un Ă©lĂ©ment de polĂ©miques publiques.”

    Je suis pas tellement au courant des actualitĂ©s. Mais si une association homo a Ă©cartĂ© un curĂ©, et empĂ©chĂ© des gens d’assister Ă  la messe ou la cĂ©rĂ©monie Ă  laquelle ils voulaient assister, y’a un tort mesurable, OK. Je suis pour que les fauteurs de troubles passent au tribunal (et Ă©ventuellement payent leur amende s’ils sont condamnĂ©s) si des personnes lĂ©sĂ©s portent plainte ! Ceci dit, ce “dĂ©lit” m’apparait personnellement comme dĂ©risoire… Les torts mesurables sont très Ă©phĂ©mères (la cĂ©rĂ©monie peut se faire après, avec du retard)… Ce n’est pas comme si on empĂŞchait les gens de pratiquer la religion Ă  laquelle ils adhèrent !

    Et pour rĂ©pondre Ă  l’autre commentaire, Ă  mon avis, ils ne font pas ça pour qu’il y ait des polĂ©miques sur leurs pratiques privĂ©s, mais pour revendiquer “une Ă©galitĂ© de droit et de dignitĂ©” comme le dit l’auteur. Ca c’est publique, non ? Ca me parait donc lĂ©gitime que les associaitons d’homos fassent tout pour que la polĂ©mique soit publique et mĂ©diatisĂ©e…

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