L’antiperfectionnisme libéral

Extraits de “Sexe : le point aveugle du libéralisme politique” de Jean-Cassien Billier (dans “Comprendre la sexualité” 6ème numéro d’une revue de philosophie et de sciences sociales éditée par PUF, à paraître prochainement)

[…]

Il est temps aujourd’hui de saisir qu’une posture nouvelle est tenable ; celle qui consiste à assumer jusqu’au bout les principes du libéralisme politique contre tout conservatisme moral, sans pour autant forcément endosser les thèses les plus béatement optimistes du libéralisme économique débridé.

[…]

L’antiperfectionnisme libéral tente de mettre en application au moins trois grands principes :

  • le principe de la considération égale, qui exige d’accorder la même valeur à la voix ou aux intérêts de chacun
  • le principe de neutralité de l’Etat à l’égard des conceptions du bien personnel (1)
  • le principe d’intervention limitée de l’Etat aux cas de torts flagrants causés à autrui.

L’application conjointe de ces principes devrait permettre d’assurer que les pratiques et les orientations diverses de nos contemporains en matière de sexualité ne doivent être limitées que dans les cas où celles-ci nuisent de façon flagrante à autrui (et non pas à eux-mêmes, puisqu’il s’agit de leur liberté et non de la nôtre). […]

L’antiperfectionnisme moral n’est pas un relativisme moral, pas plus en matière de sexualité que de façon générale. L’antiperfectionnisme moral dit simplement ceci : la vocation de la morale n’est pas de régenter la totalité de votre vie en vous demandant de prendre en dictée tous les comportements “bons” ou “mauvais”. Mais là où le relativisime moral s’interdit d’arbitrer l’affrontement des opinions, l’antiperfectionnisme soutient des principes moraux substantiels, par exemple ceux-là même que nous venons d’énoncer.

Mais les principes de considération égale, de neutralité de l’Etat et d’intervention limitée aux cas de torts avérés infligés à autrui suffisent-ils ? A notre sens, certainement en ce qui regarde la morale publique. Libre à chacun d’adhérer à sa propre conception perfectionniste du Bien, à condition que celle-ci n’empiète en rien sur les principes antiperfectionnistes de morale publique. En d’autres termes, si vous êtes persuadé que la sodomie, la bisexualité, la fellation, la fidélité ou la zoophilie (etc.) mettent en péril ou au contraire favorisent votre propre épanouissement spirituel et moral, cela relève de votre sphère morale privée qui a droit à une visibilité publique tant qu’elle ne cause pas de tort mesurables à autrui. La “morale minimale” du libéralisme antiperfectionniste en inquiète cependant certainement plus d’un.

Ces modestes principes, peuvent songer les plus dubitatifs, suffiront-ils à nous protéger contre d’épouvantables catastrophes morales telles que la sexualité aurait le secret d’en fourbir en son sein ? Cette inquiétude même nous paraît assez suspecte. Que craint-on donc ? Que la société entière s’abîme dans on ne sait quel océan de perversions ? Mais quelles seraient donc ces perversions et leur définition non perfectionniste ? Un comportement addictif causant objectivement tort à autrui (ne pas pouvoir s’empêcher d’agresser des gens dans l’autobus pour trouver une satisfacion sexuelle, etc.) serait évidemment condamné dans le cadre d’une morale antiperfectionniste minimale précisément en tant qu’il cause tort à autrui (et non en ce qu’il est sexuel).

[…]

A l’égard de la prostitution comme de la pédophilie, ce qui est inadmissible au régard de ces principes, ce n’est en rien le caractère sexuel de ces pratiques mais toutes les composantes de domination, d’esclavagisme, de manipulation, bref de tort fait à autrui. En ce sens, ce qui est inadmissible, c’est évidemment l’esclavigisme sexuel qui porte par définition un tort extrême à la libre propriété du corps et de son usage. Qu’une personne désire faire commerce de services sexuels nous semble banalement licite, ni louable, ni blâmable. Qu’elle ne bénéficie pas de toutes les protections juridiques nécessaires à son activité et qu’elle puisse être réduite en quasi-esclavage nous semble évidemment inadmissible par la morale publique libérale. En ce qui concerne la pédophilie, il n’est pas difficile de constater que le principe de la limitation de la liberté à l’aune du tort fait à autrui est efficace pour interdire toutes les formes de violence faites aux enfants, même s’il faut forcément en passer par une définition conventionnelle de la frontière légale en deçà de laquelle un être humain est encore un enfant et au-delà de laquelle il peut disposer de lui-même. La pédophilie, parce qu’elle constitue précisément un cas moralement difficile, est un exemple plus central encore que celui de la prostitution pour mesurer le snes et la portée de l’application des principes du libéralisme moral.

On sait que nos sociétés ont tardivement découvert dans la pédophilie une figure du Mal radical qui fédère toutes les consciences, des plus laïques aux plus religieuses. L’affaire pour beaucoup semble entendue : le pédophile (2) est un monstre hideux que l’on doit chasser à coups de fourche. Mais cette noble cause doit-elle pour autant aboutir à braver tous les risques et contrevenir à la prudence la plus élémentaire en matière d’instruction judiciaire, comme l’a montré le procès d’Outreau ?

Que les choses ici soient claires : il va de soi que profiter de la minorité et de la vulnérabilité des enfants pour en faire un commerce érotique et, pire encore, leur faire subir des violences physiques et psychologiques contrevient sans discussion aucune à leurs droits les plus élémentaires, tels qu’ils sont notamment fixés par la Convention internationale des droits de l’enfant adoptée à l’unanimité par les Nations Unies en 1989, et ratifiée par la France en 1990. Mais qu’est ce qui est condamné juridiquement, et condamnable moralement ? C’est bien la violence, la coercition, la manipulation d’une catégorie vulnérable de l’humanité. Est-ce le caractère sexuel de cette violence faite à l’enfant ? Faire travailler un enfant, l’enfermer dans un placard, le battre, lui refuser la possibilité de jouer, de nouer des relation amicales (etc.) sont également des violences tout aussi condamnables. L’immense difficulté qui surgit avec la pédophilie est celle qui se fait jour avec toutes les questions en rapport avec ce que nous nommons “sexualité” : qu’est ce qui est sexuel ? Revient-il à l’appareil judiciaire de définir les contours d’une dimension impalpable de l’humain ? Caresser les cheveux d’un enfant, est-ce sexuel ? Et le tenir par la main ? Il y a beau temps que la réduction de la sexualité à la sphère génitale a été disqualifiée. Mais en ce cas, comment réaliser le travail définitionnel ? Il y a là une difficulté considérable qui se dresse face à l’ensemble des réflexions morales et politiques sur la “sexualité”.

[…]

Si le sexuel n’est pas forcément génital (sans quoi, comme le soulignent pédagogiquement Marcela Iacub et Patrice Maniglier, l’introduction d’un bâton dans l’anus ne saurait être qualifiée de crime sexuel (3)), si le crime sexuel ne peut faire l’économie du mobile qui n’est pas dans la matérialité de l’acte (faire la toilette intime de ses propres enfants n’est pas forcément un crime sexuel, la manipulation des organes génitaux n’étant pas par elle-même criminelle), si la sexualité est dans le même temps diffuse, potentiellement omniprésente (sucer un bâtonnet de glace en public pourrait bien devenir dans cette perspective soit un délit sexuel, soit un droit sexuel), reste la possibilité de renoncer à tout emploi de la qualification “sexuel” en morale et en droit. Telle est en substance la thèse avancée par Marcella Iacub et Patrice Manigliet dans leur Antimanuel d’éducation sexuelle : celle d’une société post-sexuelle. La neutralité idéale visée par le libéralisme politique et moral ne se tiendrait-elle pas là ? Renoncer définitivement à donner une définition forcément coercitive et potentiellement absurde du sexuel, ne serait-ce pas en définitive la solution la plus parfaite, dans la logique même de l’élimination de toute référence à une conception compréhensive et perfectionniste du Bien ?

[…]

Bien sûr, les défenseurs d’une certaine approche perfectionniste de la “sexualité” (terme dont les lignes qui précèdent devraient nous amener à ne l’utiliser finalement qu’entre guillemets) alignée, disons, sur des croyances religieuses stigmitisant l’homosexualité, la pornographie, le commerce de services sexuels et le recours à la contraception pourront s’écrier en retour : mais que fera-t-on du tort fait à nous autres perfectionnistes homophobes et défenseurs de la censure ?

Une réponse d’humeur pourrait, en la circonstance, consister à rétorquer, qu’au regard des torts immenses que les moralisateurs homophobles et farouches gardiens du temple du paternalisme moral ont fait pendant des siècles, la question de savoir si on doit prendre en compte le tort moral qu’on leur ferait est anecdotique. […]

Plus de 80 pays sanctionnent aujourd’hui dans le monde l’homosexualité, qui est passible de la peine de mort en Arabie Saoudite, en Iran, au Pakistan, au Soudan, au Yémen, en Mauritanie et en Tchétchénie. Les partisans de tous les perfestionnismes moraux homophobes chercheront en revance en vain dans leur mémoire et dans l’histoire des cas où ils furent eux-mêmes exterminés par des homosexuels désireux d’élmininer toute trace d’hétérosexualité sur la planète.

Ultime remarque dite d’humeur, mais qui pourrait même avoir, après tout, une certaine pertinence sociologique : au regards des torts causés dans le passé et dans le présent aux homosexuels, on ne peut qu’être frappé par le caractère essentiellement pacifique et ludique des revendications de ces derniers. Lorsque quelques esprits chagrins se formalisent d’actions spectaculaires d’Act Up, il faut bien souligner que ni Act Up ni les homosexuels en général n’ont brûlé des voitures, pris des magistrats ou des évêques en otages, posé des bombes, incendié des gendarmeries ou des bâtiments du fisc. Voici une catégorie de citoyens en butte à la stigmatisation homophobe depuis des lustres, revendiquant une toute simple égalité de droits et de dignité, et qui s’exprime symboliquement aux yeux du grand public par une grande fête annuelle : c’est original.

Une réponse plus abstraite aux adversaires de la fin de l’exception sexuelle pourrait être celle-ci : leur propre liberté de défendre pacifiquement leurs convictions ne peut avoir de sens qu’assortie d’une liberté égale pour d’autres conceptions perfectionnistes et pour des conceptions antiperfectionnistes de la vie humaine en général. […]

Seul l’antiperfectionnisme rend tous les perfectionnismes possibles […]



(1) Comme le remarque Thomas Hurka, l’un des défenseurs d’une forme moderne de perfectionnisme moral, le perfectionnisme peut très parfaitement défendre la valeur de la liberté, mais il n’ira jamais jusqu’à défendre l’idéal d’une neutralité axiologique de l’Etat. La neutralité de l’Etat est purement antiperfectionniste : Thomas Hurka, Perfectionism, New York – Oxford, Oxford University Press, 1993, p. 158 et s. : “Liberty versus Neutrality”. Retour dans le texte

(2) La psychiatrie définit le “pédophile” comme étant celui qui éprouve une excitation sexuelle pour un enfant prépubère (en général âgé de 13 ans ou de moins de 13 ans), sur le mode hétérosexuel, homosexuel ou bisexuel. Cette tendance semble pouvoir être vécue à un niveau fantasmatique, et n’entraîne pas forcément de passage à l’acte systématique. Les pédophiles “transgressifs”, qui, eux, passent à l’acte, sont repartis en trois groupes par une typologie récente : les pédophiles dont le passage à l’acte est occasionnel, l’enfant jouant un rôle transitoire et substitut d’un partenaire adulte ; les pédophiles “manipulateurs”, formant la catégorie la plus nombreuse, qui cherchent des positions sociales les rendant proches des enfants afin de les amener par coercition psychologique à accepter leurs désirs ; les pédophiles “prédateurs”, qui cherchent à l’inverse l’anonymat pour agresser avec une violence extrême les enfants, relâchant ou tuant leurs victimes après la satisfaction de leur plaisir sexuel. Retour dans le texte

(3) Marcela Iacub, Patrice Maniglier, Antimanuel d’éducation sexuelle, Paris, Bréal, 2005, p. 302 Retour dans le texte

11 thoughts on “L’antiperfectionnisme libéral”

  1. Rien dans ce texte ne permet de savoir ce que ce sont des “tort mesurables à autrui”, et comment établir un consensus dessus entre personnes ayant des morales différentes.
    Ceci explique pourquoi il n’y a que réponses d’humeurs à ceux qui s’estiment lésés par l’application d’une telle morale.
    En l’état, ce texte est idéologique, car il ne propose pas de moyens de vivre ensemble entre personnes qui pensent différemment.

  2. Eloge du libéralisme et de la consommation sexuelle…
    Tu avais raison, ce texte m’interpelle mais pas en bien, en ce sens qu’effectivement, je trouve ridicule que la “loi” ou l'”état” se mêlent de ma sexualité. Ceci dit, plutôt que de les réformer pour les rendre libéraux, supprimons l’état et baisons comme nous voulons.
    Condamner un acte parce qu’il est sexuel c’est débile : je suis d’accord avec le texte. Ceci dit, le “sexuel” est encore un domaine qui fait partie des shémas de pensée actuels, et les violences -sexuelles- ne sont pas des cas isolés : une grande majorité des femmes sont victimes de viols (et pas par des inconnus dans la rue, le plus souvent ce sont des viols conjugaux pour lesquels l’univers de bisounours prévu dans cet article ne prévoit rien). Oui, la sexualité, multiple, variée, non codifiée c’est jouissif et beau. Mais il ne faut pas oublier que la sexualité telle qu’elle est construite dans notre société est un facteur d’oppression, ce qu’ignore peut-être l’homme qui écrit ce bouquin. Est-il sûr de n’avoir jamais violé quelqu’unE (viol : acte sexuel non désiré, consenti ou non) ? Sa notion de “tort flagrant” me semble une bonne façade pour invisibiliser les violences sexuelles domestiques, celles-ci sont donc normales ? Ou, s’il est (hypothèse improbable) libéré des shémas d’oppression, pense-t’il que c’est le cas de touTEs ?

  3. Ouche! Que ce texte me semble alambiqué et pour tout dire, tordu. Comme l’accouchement est difficile! Comme il tourne autour du pot! Bref: comme il est malsain, pas bien dans ses baskets! Que de circonlocutions, que de tortillements pour glisser, essayer de glisser sur le devant de la scène une sexualité oppressée, problématique, probablement mûe par une fascination incoercible pour l’enfant, en tout cas douloureusement atypique… de l’air, de l’air!

  4. Je ne suis pas du tout d’accord (notamment) avec ce passage : “A l’égard de la prostitution comme de la pédophilie, ce qui est inadmissible au régard de ces principes, ce n’est en rien le caractère sexuel de ces pratiques mais toutes les composantes de domination, d’esclavagisme, de manipulation, bref de tort fait à autrui.”

    Si ce raisonnement est plus ou moins fondé à propos de la prostitution, concernant la pédophilie il est inexact. L’auteur a oublié que le caractère sexuel est le fondement de la pédophilie et la relation sexuelle avec un enfant de 7 ans n’est pas “cautionnable” de mon point de vue même s’il n’y a aucune domination, aucune manipulationn aucun esclavagisme derrière. Oui, il est concevable qu’aucune contrainte ne pèse sur l’enfant (cf. jeu et séduction tout à fait naturel) mais une relation sexuelle avec un enfant de 7 ou 10 ans, etc. …c’est non.

    @+

  5. La loi punit le passage à l’acte des pédophiles, pas les tendances pédophiles (qui ne sont pas connues).
    Ce texte est bien ambigü car il donne l’impression de légitimer la sexualité d’adultes avec des enfants( en noyant le poisson avec la question de l’âge-jusqu’à quel âge est-on enfant?), et de considérer la pédophilie comme un don neutre et inoffensif de la nature(sous-erntendu: ce qui est naturel ne peut être jugé moralement), ainsi que de rapprocher subrepticement anti-pédophilie et homophobie (bien entendu d’origine religieuse), et tout ça au nom du libéralisme dont on fait mine de développer sérieusement la pensée.
    Bref, Act-up vaut mieux que les fous de Dieu( il vous faut choisir), les pédophiles ça casse pas 3 pattes à un canard (la preuve, Outreau), et ceux qui sont contre sont d’horribles perfectionnistes homophobes religieux (c’est-à-dire des fondamentalistes moraux).
    Bon, une énième ressucée de la liberté sexuelle entravée par la morale religieuse réactionnaire, le retour de la pensée 68 mais habillée du manteau libéral porté aujourd’hui par les ex devenus bobos.
    Entre parenthèses, il faut admirer la hauteur de l’argument suivant: les hétéros devraient se questionner sur leur violence à l’égard des homos, et sur la non-réciprocité de cette violence.Le sexe des anges, on vous dit!

  6. Ce n’est pas le début du texte qui est à mettre en doute, mais la suite (les travaux d’application politico-juridiques, en quelque sorte)

    [quote]Bien sûr, les défenseurs d’une certaine approche perfectionniste de la “sexualité” (terme dont les lignes qui précèdent devraient nous amener à ne l’utiliser finalement qu’entre guillemets) alignée, disons, sur des croyances religieuses stigmitisant l’homosexualité, la pornographie, le commerce de services sexuels et le recours à la contraception pourront s’écrier en retour : mais que fera-t-on du tort fait à nous autres perfectionnistes homophobes et défenseurs de la censure ?

    Une réponse d’humeur pourrait, en la circonstance, consister à rétorquer, qu’au regard des torts immenses que les moralisateurs homophobles et farouches gardiens du temple du paternalisme moral ont fait pendant des siècles, la question de savoir si on doit prendre en compte le tort moral qu’on leur ferait est anecdotique. […]

    Plus de 80 pays sanctionnent aujourd’hui dans le monde l’homosexualité, qui est passible de la peine de mort en Arabie Saoudite, en Iran, au Pakistan, au Soudan, au Yémen, en Mauritanie et en Tchétchénie. Les partisans de tous les perfestionnismes moraux homophobes chercheront en revance en vain dans leur mémoire et dans l’histoire des cas où ils furent eux-mêmes exterminés par des homosexuels désireux d’élmininer toute trace d’hétérosexualité sur la planète.

    Ultime remarque dite d’humeur, mais qui pourrait même avoir, après tout, une certaine pertinence sociologique : au regards des torts causés dans le passé et dans le présent aux homosexuels, on ne peut qu’être frappé par le caractère essentiellement pacifique et ludique des revendications de ces derniers. Lorsque quelques esprits chagrins se formalisent d’actions spectaculaires d’Act Up, il faut bien souligner que ni Act Up ni les homosexuels en général n’ont brûlé des voitures, pris des magistrats ou des évêques en otages, posé des bombes, incendié des gendarmeries ou des bâtiments du fisc. Voici une catégorie de citoyens en butte à la stigmatisation homophobe depuis des lustres, revendiquant une toute simple égalité de droits et de dignité, et qui s’exprime symboliquement aux yeux du grand public par une grande fête annuelle : c’est original.[/quote]
    Est-ce aussi angélique et innocent que vous le soutenez?

  7. Je suis surpris par tant de véhémence contre un texte qui ne me semble absolument pas pro-pédophilie !

    La proposition, c’est que l’état reste neutre par rapport aux problèmes moraux et se contente d’intervenir en cas de “torts flagrants” (ou “mesurables”). C’est à mon avis une idée excellente, et il est intéressant d’analyser les discours de Bush, Le Pen, Sarko ou de Ségo avec cette question là : quelle perfectionnisme moral chacun défend-il ?

    Bien sûr, le problème le plus délicat, dans ce cas, c’est la pédophilie. L’auteur écrit : “il faut forcément en passer par une définition conventionnelle de la frontière légale en deçà de laquelle un être humain est encore un enfant et au-delà de laquelle il peut disposer de lui-même”. Il n’est donc pas contre le fait que l’état interdise des rapports sexuels avec des enfants de 7 ans !!! Il me semble que la limite en France est de 15 ans (et surement moins si c’est entre mineurs, je ne sais pas exactement). Même si l’auteur dit que ce seuil est forcément arbitraire, il dit clairement que l’état fait bien de placer cette limite !

    L’autre cas délicat, c’est “les viols conjuguaux” sont parle Solveig ou plus généralement, les violences sexuelles qui ne laissent pas de traces. Mais dans ce cas, quelle est l’alternative ? Sanctionner pénalement uniquement à partir de paroles de quelqu’un ? C’est la parole de l’un contre la parole de l’autre ! Et comme le détecteur à mensonge n’est toujours pas fiable (je doute qu’il le soit un jour), cette alternative est bien pire que la proposition de l’auteur ! Ce type de réflexion est aussi développé dans “l’Antimanuel d’éducation sexuelle” (de Marcela Iacub et Patrice Maniglier) que je conseille vivement à ceux qui s’intéresse au sujet 🙂

    Autrement dit, l’auteur se fait fusiller ici parce qu’il dit que considérer qu’un acte est sexuel ne devrait jamais être le motif d’une sanction pénale, mais que le motif doit nécessairement être le tort flagrant causé à autrui ou l’exploitation d’une personne “qui ne dispose pas d’elle-même” (enfants ou certains adultes, aurais-je envie de rajouter : certains handicapés par exemple).

    Comme je suis déçu qu’un texte aussi clair et aussi intéressant dans les changements qu’il pourrait apporter ne soit pas apprécié !

    En tous cas, merci à tous de contribuer à ce mini-débat 🙂 🙂 🙂

    Guilain

    PS : je suis d’accord avec ta remarque, Anne-Sophie : ce texte gagnerait à définir plus précisément ce qu’est un tort flagrant ou mesurable ! Mais ne penses-tu pas qu’on puisse y arriver et que ce soit un concept pertinent ?

  8. Ben… Oui, je pense que c’est “aussi angélique et innocent” que l’auteur le soutient ! Pourquoi ? C’est quoi les actions spéctaculaires d’associations d’homosexuels qui te dérangent, toi ?

    Je ne pensais pas que ce passage pouvait gêner… Là, j’avoue que je ne comprends pas !

  9. “C’est quoi les actions spéctaculaires d’associations d’homosexuels qui te dérangent, toi ?”
    Voilà qui est plus franc, mon cher Guilain, mais soudain bien loin du ton serein du questionnement sur “l’anti-perfectionnisme libéral” du début.Bref, on convoque Marcel

  10. (suite)
    …Marcela Iacub pour mieux refourguer sa propagande act-up.
    “Je ne pensais pas que ce passage pouvait gêner”
    Gêner, déranger…Curieux ces termes qui reviennent toujours sous la plume des propagandistes de la cause homo pour stigmatiser des opinions différentes des leurs!Comme s’il s’agissait aussi de dénoncer ce qui ne serait pas pur plaisir permanent: si tu me contredis, tu m’empêches de jouir, tu n’es qu’un homophobe religieux!Par contre, j’ai moi le droit, car je le prends, de pénétrer daans une église durant une messe, d’écarter le curé et d’y célébrer de force un mariage homo!Et ça te dérangerait?

  11. Je réponds à Desmond et aussi à un commentaire laissé sur le forum Pères Fondateurs qui est lié à cet article :

    “Il y a de bonnes et de mauvaises choses dans ce texte. Les mauvaises, chacun peut les voir, elles sont assez évidentes. Les bonnes sont 1. la désexualisation du droit. Un acte est mauvais en tant que tel, pas parce qu’il est sexuel (Marcela Iacub raconte des choses très amusantes sur le sujet) ; 2. l’idée de morale minimale et de séparation stricte du privé et du public. Je note à ce propos, et c’est un des très mauvais points de ce texte, que les associations homosexuelles font justement tout l’inverse et font de leurs pratiques privées un élément de polémiques publiques.”

    Je suis pas tellement au courant des actualités. Mais si une association homo a écarté un curé, et empéché des gens d’assister à la messe ou la cérémonie à laquelle ils voulaient assister, y’a un tort mesurable, OK. Je suis pour que les fauteurs de troubles passent au tribunal (et éventuellement payent leur amende s’ils sont condamnés) si des personnes lésés portent plainte ! Ceci dit, ce “délit” m’apparait personnellement comme dérisoire… Les torts mesurables sont très éphémères (la cérémonie peut se faire après, avec du retard)… Ce n’est pas comme si on empêchait les gens de pratiquer la religion à laquelle ils adhèrent !

    Et pour répondre à l’autre commentaire, à mon avis, ils ne font pas ça pour qu’il y ait des polémiques sur leurs pratiques privés, mais pour revendiquer “une égalité de droit et de dignité” comme le dit l’auteur. Ca c’est publique, non ? Ca me parait donc légitime que les associaitons d’homos fassent tout pour que la polémique soit publique et médiatisée…

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