Mes colos de juillet 2004
En juillet 2004, j’ai passĂ© un mois Ă animer une colo dans le Vercors, avec une vingtaine d’enfants. J’ai pris contact avec le directeur car il est dans la “mouvance Freinet”. Les particularitĂ©s des 2 sĂ©jours (14 jours et 12 jours) : d’une part aucune activitĂ© n’Ă©tait prĂ©vue d’avance, et d’autre part, le taux d’encadrement Ă©tait important (1 anim pour 4 ou 5 enfants), avec des enfants plutĂ´t “difficiles” dans l’ensemble. Voici le premier bilan que j’ai Ă©crit dĂ©but aoĂ»t…
Rythme exigeant, responsabilitĂ©s importantes, faible rĂ©munĂ©ration… Ca ne laisse pas le choix : pour que je persĂ©vère dans l’animation, je dois y prendre mon pied et/ou sentir que j’y fait un travail fructueux pour les enfants. Or, durant les deux colos que je viens d’animer, je n’ai pas l’impression d’avoir atteint ces 2 points de façon satisfaisante :
- j’ai traversé trop de moments de galères et j’ai pas assez pris mon pied
- j’ai pas l’impression d’avoir apporté beaucoup aux enfants.
Ce constat d’échec est toutefois relatif : vu de l’extĂ©rieur, j’ai assurĂ© mes fonctions d’animateur de façon acceptable, et les enfants Ă©taient globalement bien contents de leurs vacances. Face Ă mes sentiments d’insatisfaction, je ne baisse pas les bras, car j’entrevois des solutions… Toutes les phrases soulignĂ©es sont des choses concrètes que je compte faire avant d’animer une prochaine colo.
Animer, proposer, stimuler
C’est le point qui me paraĂ®t le plus important. Il faudrait que j’arrive Ă passer du schĂ©ma « AĂŻe, on a 3 heures, comment va-t-on occuper les enfants ? » à « Chouette, on a 3 heures, on va pouvoir en profiter ! »… Il faudrait que j’arrive Ă passer du schĂ©ma « Zut, ils commencent Ă descendre de la sieste, il va falloir les occuper » à « Enfin, on va pouvoir commencer ! »… De plus, si mes propositions d’activitĂ©s amènent les enfants Ă devenir de plus en plus motivĂ©s et de plus en plus enthousiastes, alors j’aurais l’impression de faire un travail fructueux.
- Etablir une liste d’activités de tous types que j’aime et que je maîtrise
- Créer un support qui présente ces activités aux enfants et leur en donne envie
Sur ce support, les enfants pourraient aussi présenter les activités qu’ils connaissent et qu’ils aiment. Bien sur, ce support ne peut pas remplacer les propositions directes et le travail de « sensibilisation » : amener l’activité par une histoire, un déguisement, etc. Mais c’est un truc de plus qui peut m’aider. - Trouver des objets ou du matériel que j’aimerais proposer
- Réfléchir aux façons d’amener les enfants à exprimer ou montrer ce qu’ils aiment
Cela pourrait m’aider Ă proposer des activitĂ©s en phase avec leurs centres d’intĂ©rĂŞts. A mes yeux, c’est essentiel. Mais ça me semble très dĂ©licat. Peut-ĂŞtre qu’il suffit d’avoir un bon feeling : on propose des activitĂ©s, puis on voit dans quel sens ça part… Mais si un enfant a des motivations dans un domaine particulier, est ce qu’on arrivera Ă l’aider Ă en prendre conscience puis Ă les dĂ©velopper ? Peut-ĂŞtre qu’il y a mieux que le feeling ? En demandant d’emblĂ©e aux enfants ce qu’ils aiment, j’ai obtenu par exemple : jouer, la piscine, lire, avoir des copines, bricoler, le vĂ©lo, l’accro branches, conduire les tracteurs, la balançoire, balayer, Lorie, les jeux vidĂ©os, courir, tuer les mouches, dormir, le foot, le rugby, le billard, les colos, dessiner, les amis, les bonbons, les scoubidous, les BD, jouer au ballon, etc. D’une part, il serait bien de dĂ©composer chaque centre d’intĂ©rĂŞt en d’autres plus gĂ©nĂ©raux : par exemple, ce que j’aime dans la piscine, c’est me dĂ©penser physiquement, ou me sentir flotter, ou jouer avec les autres, ou taper dans le ballon, ou me rafraĂ®chir quand il fait chaud, etc. Ces centres d’intĂ©rĂŞts plus gĂ©nĂ©raux sont transposables Ă d’autres activitĂ©s et sont plus susceptibles de donner des idĂ©es. D’autre part, il serait bien de relier ces centres d’intĂ©rĂŞts plus gĂ©nĂ©raux avec une sĂ©rie d’activitĂ©s… Tout cela demande un travail assez Ă©norme…
Vie quotidienne : rendre autonome et accompagner
La vie quotidienne ne m’intĂ©resse pas en elle-mĂŞme. Le rangement, le repos ou l’hygiène sont importants, mais en soi, c’est rĂ©pĂ©titif, contraignant… Bref, pendant la « vie quot », j’aimerais passer le moins de temps possible sur les objectifs purement techniques. A la place, j’aimerais instaurer des moments agrĂ©ables avec les enfants, et si possible, leur apporter des « plus » qui font de ces moments des activitĂ©s enrichissantes.
- Créer une feuille qui permet une « vie quot » plus autonome
On l’a faite pendant la deuxième colo. Elle comporte tous les objectifs de « vie quot » et les enfants peuvent les cocher un par un. Il suffit ensuite de vĂ©rifier quand ils estiment qu’ils ont fini… - PrĂ©parer des espèces de rĂ´les
L’idée vient de la deuxième colo : j’ai joué le rôle du méchant « zombi » de temps en temps. Ca a plu aux enfants et aussi à moi. En enrichissant encore le « scénario », et en y invitant les enfants à adopter un rôle, on pourrait arriver à quelque chose de sympa. - Connaître des comtes, des histoires
- Apprendre des techniques de relaxation
- Apprendre Ă accompagner des chants Ă la guitare
- Apprendre des énigmes
Règles : les construire avec les enfants
Durant ces 2 colos, j’ai compris ce qu’implique ĂŞtre garant des règles de vie collective. J’ai pu expĂ©rimenter qu’en Ă©tant ouvert au dialogue, cohĂ©rent et ferme, ça marche plutĂ´t bien… Je suis maintenant beaucoup plus serein avec les enfants qui cherchent les limites, notamment grâce Ă la première colo.
Mais ce que j’aimerais, c’est que les règles soient discutĂ©es et explicitĂ©es en dĂ©tails avec les enfants. Ainsi, chaque intervention « disciplinaire » pourrait ĂŞtre reliĂ©e Ă une règle Ă©crite, bien identifiĂ©e. Les interventions des adultes seraient plus lĂ©gitimes aux yeux des enfants car clairement basĂ©es sur des règles choisies par le groupe, les enfants pourraient plus facilement se rĂ©fĂ©rer aux règles directement entre eux (sans passer par les adultes), et en cas de contestation d’un enfant, le dĂ©bat porterait moins sur la confrontation entre l’adulte et l’enfant ou entre les deux enfants, mais plus sur la règle ou la façon de proposer son changement lors de la prochaine rĂ©union…
On peut diviser les règles adoptées lors de ces 2 colos en deux catégories : celles qui sont là pour permettre aux gens de vivre en groupe sans se gêner, et les autres. Dans la deuxième catégorie, on trouve par exemple : « il faut goûter de tout », « après le déjeuner, il faut rester au moins allongé et silencieux dans le noir pendant 30 minutes », « on ne mange pas de bonbons n’importe quand », etc. Contrairement à celle de la première catégorie, les enfants ne sont pas, a priori, demandeurs de ces règles. Je trouve moi-même plutôt illégitime d’imposer ces règles. Mais que penser du fait que les enfants qui dorment le mieux à la sieste sont souvent ceux qui ont le plus protesté pour ne pas y aller ? Que penser du fait que ceux qui résistent le plus pour goûter un truc sont souvent ceux qui en reprennent ensuite plusieurs fois ? A court terme, ces règles peuvent donc être positives.
Cependant, je prĂ©fèrerais n’imposer Ă l’enfant cette sorte de règles seulement après qu’il ait dit qu’il voulait qu’on lui impose. Ce n’est pas forcĂ©ment aussi utopique que ça y paraĂ®t. On peut voir l’utilitĂ© d’une règle Ă un certain moment sans avoir le courage de l’appliquer au moment voulu… Que l’adulte contraigne l’enfant dans ce cas lĂ , je suis d’accord. Bref, encourager l’enfant Ă fixer lui-mĂŞme les règles qui concerne sa propre vie, c’est peut-ĂŞtre plus long et moins efficace Ă court terme que de lui imposer directement ces règles. Mais Ă long terme, c’est forcĂ©ment plus constructif : que se passera-t-il quand l’enfant n’aura plus quelqu’un qui dĂ©cide Ă sa place ce qui est bon pour lui ? Comment pourra-t-il s’auto discipliner, par exemple, pour rĂ©sister aux drogues ? Le travail fait durant ces deux colos allait bien dans ce sens (par exemple pour les bonbons), mais on pourrait encore amĂ©liorer ce point.
- Créer une liste très détaillée des règles « classiques » pour vivre en groupe
- Créer une liste de règles de la deuxième catégorie
Equipe d’animation : optimiser l’organisation
Un gros point positif de cette expérience d’un mois : l’équipe d’animation. J’ai énormément apprécié notre façon de fonctionner, le climat relationnel, la personnalité de chacun, etc. En plus de passer de bons moments et d’être re-motivé, cela m’a permis de me remettre en question, moi, sans avoir l’impression que ce qui ne marchait pas était lié à une mauvaise organisation ou une mauvaise équipe ;-)
Par contre, vu le rythme difficile Ă tenir, je pense qu’on aurait pu mieux s’organiser pour que chacun puisse se dĂ©gager beaucoup plus de « temps sans enfant » pour prĂ©parer des activitĂ©s, se reposer, prendre du recul, etc. Pendant la première colo, j’ai Ă©tĂ© tentĂ© de compenser mes dĂ©fauts d’animateur en faisant du zèle : en ne m’accordant presque pas de « temps sans enfant »… Eviter ce zèle et nous permettre de nous dĂ©gager du temps, voila deux choses que j’aimerais qu’on travaille en Ă©quipe. Nous avons mieux rĂ©ussi Ă le faire dans la deuxième colo, oĂą j’ai travaillĂ© constamment dans une Ă©quipe de quatre.